Mon ADN, il s’est construit sur le bitume. J’ai passé des années à la Croix-Rouge Française, en CSAPA, CAARUD et en équipe mobile addictions précarité, là où la théorie s’arrête et où l’humain commence. À la coordination des maraudes, j’ai appris à lire la détresse sur les visages avant même qu’un mot ne soit prononcé.

J’ai connu ces nuits de tension extrême, en lien direct avec le SIAO et les autorités, pour arracher des femmes à la violence et mettre à l’abri des enfants en danger imminent. Ce sont des moments qui vous marquent au fer rouge. Quand vous avez porté la responsabilité de la sécurité d’un gosse ou d’une mère en péril, vous ne voyez plus la solidarité comme une option, mais comme un devoir absolu.

De ces années-là, j’ai gardé une sainte horreur de l’inertie. J’ai vu trop de gens tomber entre les mailles du filet parce que les structures étaient trop rigides, trop loin, trop lentes.

C’est pour ça que j’ai créé l’APSA. Pour que le soin n’attende plus que l’on vienne à lui. Cet engagement, c’est ma réponse à tout ce que j’ai vu sur le terrain : un outil mobile, réactif, sans filtre.

Sur le terrain, j’ai aussi croisé le regard de ceux que la rue consume en silence. J’ai vu de trop près les ravages des addictions, cette spirale qui isole et qui brise toute dignité. Mais le plus dur, ce sont ces matins d’hiver où le silence est trop lourd, j’ai vu la mort par le froid, celle qui frappe dans l’indifférence d’un recoin de rue, et cette fin de vie dans l’isolement le plus total.

Ces visages et ces vies fauchées par la solitude m’ont appris que le manque de soins ne tue pas seulement le corps, il tue d’abord l’espoir. C’est contre ce silence et cette fatalité que je me bats chaque jour.

Mon engagement m’a également conduit derrière les murs, pour des interventions en milieu carcéral dans plusieurs pénitenciers de France de Fleury en passant par Meaux, La santé, Melun et Gradignan. La détention est un miroir grossissant de toutes les fragilités, on y touche du doigt la rupture sociale absolue, les pathologies lourdes et le défi immense de préparer une réinsertion qui ne soit pas une rechute. J’y ai appris la patience, la neutralité et l’importance de maintenir un lien de santé, même là où la liberté n’existe plus. Cette expérience de la détention a fini de forger ma conviction, personne n’est irrécupérable, mais sans un pont jeté vers le soin, l’exclusion est une condamnation définitive.

Je ne suis pas un théoricien de la santé sociale. Je suis un homme de terrain qui a décidé de mettre son expérience de l’urgence au service d’une solution concrète.

On m’a souvent dit que j’en faisais trop, que je m’épuisais. La vérité, c’est que quand on a vu ce que j’ai vu, on ne s’arrête pas tant que le travail n’est pas fait.

L’APSA, c’est ma manière de continuer à protéger ceux que j’ai promis de ne jamais abandonner et surtout garder le sourire même quand les épreuves sont difficiles.

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